Les derniers jours au Paraguay ont été moins enthousiasmants que le reste du périple : nous avons rejoint la capitale Asuncion et la route a été pénible à cause de la circulation. Nous n’avons pas prévu de rejoindre les grosses villes pendant le voyage et on sait pourquoi. Nous avons été logé par quelqu’un qui nous a invité, ce qui nous a bien dépanné. C’était la maison énorme -avec piscine- d’une famille qui travaille dans le développement et ça nous a conforté dans l’idée que donner de l’argent aux ONG ce n’est pas forcément aider les pays, sinon réserver une qualité de vie très enviable à des expatriés occidentaux (qui n’ont d’ailleurs pas visité le Paraguay en cinq ans). Je suis peut-être un peu obscurantiste mais j’ai toujours eu du mal à croire qu’il vaut mieux financer une étude sur l’anthropologie de l’eau dans la culture indienne plutôt que de creuser bêtement des puits… Nous ne nous étouffons pas sous la gratitude, c’est vrai, mais c’est comme ça.

Du coup, le plus mémorable d’Asuncion, ça restera la rencontre de Christophe avec Miguel !

Ensuite, nous avons traversé la frontière pour retourner en Argentine, dans le Chaco : un très grand territoire qui couvre tout le nord du Paraguay, le nord de l’Argentine et une partie de l’est de la Bolivie. C’est une grande plaine aride où il fait très chaud, avec une végétation de broussailles et de cactus, recouverte de poussière. Néanmoins, à côté du rio Pilcomayo, il y a de l’eau : c’est le Chaco humedo et nous avons sommes restés quelques jours là-bas, à camper dans le parc où nous étions tout seuls avec les sympathiques guadaparques, entre pluie torrentielle et chaleur torride. Nous avons vu des grenouilles noires et jaunes, des singes, plein d’oiseaux dont le toucan !

Dans le Chaco comme ailleurs, il y a des feux de broussailles. Depuis que nous sommes partis, nous en voyons partout : en Uruguay, au Paraguay et en Argentine. Ce sont de feux rampants qui peuvent être n’importe où le long des routes, dans la campagne, parfois très près des habitations. Ce qui est étrange, c’est que personne n’a l’air de surveiller et qu’apparemment, les feux s’éteignent d’eux-même après avoir brûlé une surface plus ou moins grande. C’est la coutume ici, en cette saison, d’allumer des feux qui – soit-disant – régénèrent la terre. Les arbres ne brûlent pas (quasiment tous les palmiers ont le tronc noir de suie), seulement les broussailles. La raison pour laquelle les feux ne dégénèrent pas en incendies reste mystérieuse… surtout dans le Chaco où on a l’impression que tout pourrait flamber à la moindre étincelle. Nous ne sommes pas convaincus pour autant que ce soit une bonne idée et, au passage, comme la végétation n’est pas la même qu’au Brésil et qu’il ne s’agit pas de défricher, ce n’est sans doute pas comparable. Par contre, si on vous raconte que ça brûle, c’est vrai, ça brûle pas mal dans le coin.

Ensuite, nous avons longé la frontière avec le Paraguay dans une chaleur pas possible, sur une route complètement défoncée pour rejoindre « Banado La Estrella ». Il y a 80 ans, les Argentins (ou les Paraguayens?) ont construit un barrage sur le rio Pilcomayo et contre toute attente, le fleuve a changé de cours et déborde chaque année pour inonder une vaste zone au milieu du Chaco sec. Il s’est créé là un écosystème nouveau, désormais pérenne qui mesure environ 200 kilomètres sur 20 ; c’est la troisième zone humide d’Amérique Latine après le Pantanal brésilien et Esteros del Ibera (où nous avions été voir les crocodiles). Les touristes en moins car ce n’est pas très connu.

Nous arrivons le soir dans un endroit où il est possible de bivouaquer avec une belle vue sur l’eau et les arbres du Chaco qui y sont noyés. Là nous rencontrons un groupe d’Argentins en balade dont l’un est en train de construire un camping à côté, à Las Lomitas, et l’autre est guide. Ça a été notre chance car il n’y a pas encore de camping là-bas. Nous sommes donc allés dans le camping en construction et nous sommes partis à Fortin La Soledad avec le guide et son frère. Ils étaient vraiment sympas, ils nous ont expliqué plein de choses et ils nous ont montré plein d’animaux ; ce sont des passionnés d’oiseaux. Nous avons passé quelques jours bien agréables en leur compagnie, vu qu’ils habitent aussi au camping.

Quand nous sommes allés à Fortin La Soledad l’eau était basse donc les oiseaux peuvent facilement venir pêcher et il y avait véritablement des centaines d’oiseaux. Le paysage est extraordinaire ; les palmiers de la région peuvent pousser sur des terres inondées une grande partie de l’année (c’est un type particulier de palmier qui fait des toutes petites cocos). Les anciens arbres du Chaco aride sont morts noyés mais ils sont désormais recouverts d’une plante grimpante que les argentins appellent « champales » et qui signifie fantôme en langage indien car cela fait apparaître des formes étranges.

Il y avait aussi des capybaras et des crocodiles, nous avons vu un renard. Il y a aussi des boas mais nous n’en avons pas vu car ils sont sous l’eau en cette saison ; il paraît que les habitants de Fortin La Soledad en chassent 5000 chaque année pour vendre les peaux dans des conditions plus ou moins légales. Mais s’ils continuent… c’est la fin des boas… Nous avons vu quantité d’oiseaux mais nos talents en espagnol ne vont pas aller jusqu’à l’ornithologie, je crois. On vous présente quand même le plus gros, le Jabiru.

Désolée pour toutes ces photos de palmiers en cette période de fin de vacances : nous souhaitons une bonne rentrée à tout le monde et surtout à tous les CP et CE2 : sachez que nous voyageons avec l’incroyable Picbille, ses jetons, ses boîtes et ses valises… Bossez bien !

Des grosses bises, sachez que vos messages nous font super plaisir (et qu’on va s’organiser pour répondre, y compris les enfants !)