Bonjour à tous,

C’est donc la catastrophe et voici ce qui s’est passé pour les voyageurs en Amérique du Sud ces derniers jours. Le coronavirus a mis du temps à atteindre le continent et la tension est brusquement montée ces trois derniers jours. Les pays latinos semblent avoir tirés leçon de ce qui se passe en Europe : les gouvernements réagissent plus tôt et plus fort. Nous – et tant d’autres – sommes intensément branchés sur internet et whatsApp depuis 72 heures, à nous demander comment ça a pu arriver et ce qu’il faut faire.

Tout d’abord les vols ont été suspendus, de et vers l’Europe notamment. Ceux qui n’ont pas de véhicule, ou qui l’ont mis en gardiennage ont pu partir. Certains ont contourné les restrictions de vols en faisant des escales, notamment au Brésil.

Ensuite, et ce sont les mesures que nous suivions de près, les frontières terrestres ont été fermées unes à unes. La Colombie et l’Équateur ont fermé leurs frontières terrestres aux étrangers, puis l’Argentine, le Pérou et le Paraguay. Restent ouverts la Bolivie avec un examen de santé à l’entrée, le Chili jusqu’à demain minuit, et le Brésil qui n’a toujours pas l’air d’avoir pris la mesure de la situation.

Ce qui se passe pour les voyageurs comme nous, c’est que nous ne pouvons pas rentrer en abandonnant notre véhicule. J’ajouterais aussi que nous espérons pouvoir continuer à voyager d’ici quelques temps et que le retour en France en pleine guerre sanitaire ne fait pas particulièrement envie. Alors nous cherchons tous depuis un ou deux jours la meilleure solution pour le confinement qui s’annonce. Car il s’agit bien de cela – et il n’y a rien à y redire – : couvre-feux et interdictions de circuler. C’est déjà le cas en Équateur et au Pérou, depuis hier minuit. Certaines familles ont roulé comme des fous, à traverser des pays entiers pour rejoindre la destination qui leur semblait la meilleure pour être immobilisés. Certains ont rejoint le Chili ou le Brésil encore ouverts. D’autres ont cherché les meilleurs campings en Équateur, en Colombie ou au Pérou.

Je le sais car je fais partie d’un groupe WhatsApp de voyageurs (200 francophones, majoritairement français et suisses) et aussi parce que j’ai pris des nouvelles de familles que nous avons rencontrées. En vérité, personne ne sait quoi faire, c’est la stupeur. On entend parler du coronavirus depuis trois mois mais personne n’a vraiment anticipé la vitesse avec laquelle les gouvernements allaient simultanément réagir. Nous avons tous voyagé jusqu’au dernier moment. Après trois mois de coronavirus mondial, les mesures de restriction se sont toutes enchaînées avec une rapidité confondante. Il y a trois jours, nous parlions du Machu Pichu avec d’autres français : aucun de nous n’a passé la frontière péruvienne (nous n’avons pas essayé).

D’ici quelques jours, tous les touristes venus pour de courtes vacances seront partis et ne resteront que les voyageurs au long cours, notamment ceux qui ont un véhicule. La situation se stabilise pour tout le monde puisque tout est fermé : chacun aura bientôt rejoint son camping ou son hôtel et nous attendrons tous la suite.

Les pays ferment les musées, les parcs nationaux, certaines villes sont en quarantaine, tout est peu à peu déserté, bref comme en Europe. Les populations commencent à paniquer et certains touristes sont persona non grata (des français qui cherchent un hôtel en Équateur ou un AirBnB en Bolivie, un italien en Patagonie – lui, il est mal…) Des émeutes ont eu lieu à la frontière Bolivie-Argentine et la Bolivie a envoyé l’armée. La télévision passe en boucle les sujets sur le Coronavirus et tous les soirs nous essayons de comprendre ce que nous dit cette dame en chapeau melon qui nous cause en espagnol et en quechua. Le slogan bolivien est : « Mantenga la calma y unimos los esfuerzos».

Je suis dans un autre groupe WhatsApp de voyageurs en Amérique Latine mais hispanophones, surtout des argentins, des mochileros (ils voyagent avec leur sac à dos). C’est la même angoisse, les mêmes questions. Ceux qui ont des billets de bus attendent avec anxiété de savoir s’ils arriveront avant la fermeture de la frontière.

Il y a une prise de conscience du sujet coronavirus qui est plus forte dans le groupe latino que dans le groupe français où on discutait encore hier de « quarantaine à la plage », de « faire la carretera austral » comme si l’heure était encore à la promenade, et de « bons plans restos » (incorrigibles…) Pendant ce temps-là, un latino nous dit qu’il s’imposera la « distanciation sociale », pour son bien et celui des autres… Mais beaucoup d’entraide des deux côtés. Et puis, on se sent moins seuls…

Traduction :

« Je vous l’explique le plus clairement possible : « Le gouvernement argentin a déclaré que le Chili et le Brésil était des pays à risque, au même titre que la Chine, l’Europe et les Etats-Unis… Alors quiconque vient de ces pays doit réaliser une quarantaine. / Et celui qui ne s’y soumet pas, qu’il soit dénoncé. / Cela concerne les argentins puisque les étrangers ne peuvent plus entrer. »

Et aussi :

« Il ne faut pas paniquer, mais il ne faut pas non plus sous-estimer la situation. / Oui, c’est ça ! Je suis en France et ici ils regrettent de ne pas avoir agit assez tôt. »

Pour ce qui nous concerne, la pandémie nous a surpris à Sucre, au cœur de la Bolivie. Nous y avions réservé un appartement et il se trouve que nous pouvons rester là. La ville est magnifique (même si les promenades seront courtes), le climat est parfait, nous pouvons faire des courses, la population est bienveillante, nous avons internet pour nous tenir informés, aucun cas de coronavirus n’a été déclaré ici, la furgo est stationnée sous la fenêtre. Nous en prenons notre parti. Par contre, la Bolivie n’a pas de façade maritime donc pas de port, donc si ça tourne mal, aucun moyen de rapatrier notre camion.

Les musées sont fermés. Ça fait une raison de plus pour que tout le monde se retrouve au Mercado Central, à déjeuner épaule contre épaule (mais on va arrêter ça, c’est l’inverse de la conduite à tenir). Il y a encore quelques touristes. Avant hier, nous avons croisé un candidat à la présidentielle en pleine campagne électorale au rayon boucherie. Les boliviens, après l’annulation du scrutin présidentiel, doivent retourner aux urnes début mai. Vu les tensions politiques qui entourent la campagne (Evo Morales réfugié en Argentine), vous imaginez que nous attendons impatiemment l’ajournement du vote.

Il y a en Bolivie un peu de coronavirus et beaucoup de dengue. On espère échapper à une révolution.

Nous attendons donc la suite. Notre programme est le même que le votre : petites courses sans trop s’approcher des gens, école à la maison, film. Pour l’instant les frontières sont fermées pour quinze jours.

Il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore en mangeant du Pangolin.

Ci-dessous, tissages des démons de l’ethnie Jalq’a, le dernier musée qu’on ait pu faire.

Voilà, nous apprenons du vocabulaire : « Toque de queda », le couvre-feu.

Et surtout « Quedate en casa ! », Reste à la maison !

Portez-vous bien, pas d’imprudence. Votre président vous a dit de lire, lisez notre blog !

Grosses bises de loin,