Nous sommes repassés au Chili pour voyager sur la célèbre Carretera Austral : la route qui rejoint les terres les plus au sud, anciennement très isolées et très peu peuplées, la route étant alors réputée difficile. Bon. Aujourd’hui, c’est une route bien entretenue, d’ores et déjà bitumée sur de grandes portions, qui traverse des régions qui se sont développées notamment grâce au potentiel touristique, et que les familles parcourent en camping-car, les cyclistes à vélo et les autres en stop quand il fait beau (car on ne prend pas un auto-stoppeur tout mouillé).

Nous avons entamé la Carretera Austral par la Cathédrale de marbre : des grottes de marbre au bord d’un lac, uniquement accessibles en bateau ou en kayak. Pas mal, pas de quoi se rouler par terre non plus, et je ne pense pas encore être complètement blasée… Le meilleur de cette petite expédition sera peut-être d’avoir fait du canot à moteur à fond sur les vagues…

Ensuite, nous continuons la Carretera Austral afin de profiter des paysages que les voyageurs qualifient de grandioses, splendides, inoubliables, les plus beaux de tout mon voyage en Amérique… Mais la Patagonie reste la Patagonie, et pour nous, c’est jour de pluie, et encore pluie, et encore pluie. J’avais vu un panneau quelque part qui disait « Arrêtez de demander la météo, vivez comme des patagoniens ». Donc, rien à faire, les paysages sont sans doute splendides mais derrière les nuages, et nous roulons sous le mauvais temps parce que nous n’allons pas rester sous la pluie à prendre racine. Nous circulons dans une vallée dont la végétation est étonnamment luxuriante, et au point où on en est, je prends des photos à travers le pare-brise. En plein été, nous passons un col sous la neige, c’est là que nous nous sommes souvenus que nous étions réglementairement tenus de voyager avec des chaînes – que nous n’avons bien entendu pas. Mais en redescendant la neige s’est retransformée en pluie. Les grosses feuilles, c’est de la Rhubarbe Géante.

Lors d’une éclaircie, on tente une rando dans la forêt pour atteindre un point de vue sur un glacier. C’est étrange, une forêt aussi touffue aussi bas en latitude, c’est l’humidité, les nuages viennent du Pacifique et restent accrochés de ce côté de la cordillère. Une espèce de jungle très mouillée avec des colibris, des lianes, des bambous.

Nous ne nous sommes donc pas éternisés plus que cela, et nous avons continué jusqu’aux thermes d’El Sauce (le saule) pour se refaire dans un bassin chaud. Ce qui fut une bonne idée.

La chance était avec nous puisqu’en face des thermes il y avait un magnifique bivouac que nous avons partagé avec trois autres familles. Le temps s’est levé, il s’est mis à faire très beau, très chaud, il y avait plein d’enfants, alors nous sommes restés là. Nous apprécions de rencontrer d’autres familles, nous découvrons une communauté qui nous était inconnue jusqu’ici : celle des familles qui voyagent au long cours, souvent pour un an mais parfois pour plusieurs années. Il y a des familles qui partent sans date de retour établie, avec deux, trois, quatre enfants… Nous parlons pas mal de l’école, nous échangeons beaucoup d’informations, nous piratons des disques durs entiers de films, dessins animés, ebook…Quant aux enfants, évidemment, ils sont contents : ils cherchent tous des copains, les nôtres comme ceux des autres, ça leur manque de voir des mômes qui parlent français. Les enfants ont très bien compris que les camping-cars que nous croisons peuvent transporter d’autres enfants, ils les guettent et nous demandent d’aller rencontrer les familles. Il n’y a, semble-t-il, pas d’enfant timide chez les familles de voyageurs : ils ont tous compris que pour jouer, quand l’occasion se présente, c’est maintenant ou jamais ! Parce que selon les projets des uns et des autres, nous restons ensemble le temps d’une petite discussion, ou bien une soirée, parfois un jour ou deux mais rarement plus, après chacun poursuit sa route.

Bref, comme l’a dit Charlie, cette fois-ci, c’était le jour des enfants : ils ont vraiment profité avec cabanes, balançoires, pêche, rivière. Après deux jours, nous sommes tous repartis : c’est un peu dur de quitter tout le monde mais les enfants le savent – à chaque fois, c’est pareil. Ceci dit, on peut les recroiser, les hasards de la route nous amènent à recroiser des voyageurs, c’est déjà arrivé.

Ce petit bivouac ensoleillé nous fera un très beau souvenir de Carretera Austral, à défaut de pouvoir raconter au retour que « les paysages étaient vraiment magiques, avec les lupins en fleurs, les glaciers suspendus, et les fjords du bout du monde, blablabla »…

Bon, à part ça, sachant que côté Chili, il est prévu de la pluie et une grève portuaire qui compromet d’arriver par ferry jusqu’à l’île de Chiloé, vu que ça nous rallonge la route alors que nous avons envie de la raccourcir, tout bien réfléchi, nous décidons de passer moins de temps que prévu dans ce pays et de retourner en Argentine (où nous sommes décidément très bien). Nous avons fait plusieurs grandes étapes ces derniers temps et cela nous convient assez bien, mais alors il nous faut aussi limiter le nombre de kilomètres. Il faut se faire une raison, on ne peut pas aller partout ! Enfin, autant Chili et Argentine sont des pays voisins que l’on pourrait croire similaires en regardant une carte mais en vérité, ce sont deux pays de cultures très différentes, et on peut avoir une préférence…

Comme je n’ai pas écrit depuis longtemps, en fait, nous sommes déjà en Argentine depuis un moment, sur la route 40, nous sommes au nord de Bariloche et le mauvais temps n’est plus qu’un lointain mauvais souvenir !

Nous sommes pour longtemps dans une région de lacs et de rivières, que ce soit sur la Carretera Austral ou en Argentine, alors pour nous intégrer un peu plus, nous nous sommes mis au sport local : la pêche – les gens sont fous avec ça dans le coin. Pas de poisson pour l’instant, on vous tient au courant.

Bises !!!