Coucou !

La région de Cordoba, la suite…

Petite étape à Alta Gracia : nous avons fait le détour pour voir la maison où le Che a grandi ! La famille Guevara avait déménagé pour s’installer là, pensant y trouver un climat plus favorable au petit Ernesto Guevara atteint d’asthme. Nous pensions donc arriver un peu en altitude et par temps sec. Au final, Alta Gracia culmine à peu près au niveau de la mer et nous avons eu de la pluie, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. La maison est transformée en un petit musée où sont exposées pleins de photo du Che, c’est assez émouvant.

Après cette petite étape historique, nous sommes remontés dans la Sierra Grande, dans un brouillard pas possible, toujours par temps pluvieux, avec une blague de furgoneta qui ne voulait plus battre des essuie-glaces (mais ensuite, Christophe l’a convaincue de revenir à de meilleurs sentiments). Nous arrivons dans la Pampa de Achala où se trouve la Quebrada del Condorito : c’est une faille dans la montagne où les condors aiment à planer. C’est aussi le terrain d’entraînement des jeunes condors qui apprennent à voler. Nous avons attendu deux jours que le brouillard se lève… Dessin, école, livres…

Ensuite, le brouillard s’est levé et nous avons randonné jusqu’à la fameuse Quebrada. Notre rencontre avec le condor fut fugace.

On vous met aussi une photo du panneau qui mentionne la permission de boire du maté : c’est essentiel pour les argentins le matin, en milieu de matinée, en fin d’après-midi, à peu près tout le temps car ici, une pause maté est toujours la bienvenue. Il y a de l’eau chaude dans les stations service, par exemple, pour remplir son thermos. A force d’y être invités, je me demande si on ne va pas finir par s’acheter une calebasse et une bombilla !

Nous avons traversé la Sierra Grande pour ressortir de l’autre côté et continuer vers le sud en longeant cette cordillère par une route qui s’appelle la Traslasierra. Là, nous sommes allés au musée Rocsen. C’est un endroit extraordinaire, créé par un français qui a eu l’idée d’un musée qui dirait « tout l’homme, pour tous les hommes ». Projet un brin ambitieux qui se solde par l’exposition d’une quantité de choses incroyables. Il y en a pour tous les goûts : outils, machines à écrire, appareils photos, téléphones, radios, pompes à essences, moteurs mais aussi faune (insectes, animaux empaillés), géologie, instruments de musique, médecine… c’est sans fin, on peut y passer un temps fou. Loup a dit qu’il voudrait toujours rester là. Charlie a dit que c’était fantastique. Franchement, ça vaut le détour, pour nous rappeler tout ce que les hommes ont construit de machines ces deux derniers siècles, comment elles ont été peu à peu perfectionnées, commercialisées, démocratisées. Il y avait aussi un taureau géant, un veau à deux têtes né d’expérimentations génétiques plus ou moins concluantes, et dans une salle à part, des têtes réduites. Je n’ai pas pris de photo de tête réduite mais ça a toujours été un mystère pour moi, ce truc-là, et à vrai dire le résultat est fascinant.

Pour ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer en voyant tout ça, il y a aussi un Christ en champignons. Je ne sais pas qui a pu avoir l’idée de faire ça, mais bon. Je sais que mes parents ont fait une belle cueillette, et ils ne sont peut-être pas les seuls, alors si vous ne savez pas quoi faire de vos champignons…

Le lendemain, à l’occasion d’une pause déjeuner sur la route dans le Comedor du coin, nous avons rencontré un patron d’estancia qui nous a invité à venir visiter son domaine. Il nous a fait le tour du propriétaire, très sympathique, il nous a tout expliqué. Pour les agriculteurs qui nous lisent, voici comment les choses se passent en Argentine, pays d’élevage s’il en est : 15 000 hectares de terre (oups!), 1200 têtes de bétail dont 12 taureaux, 8 employés. Après avoir parcouru l’estancia, nous sommes allés boire un maté. Il ressort de la discussion que d’après ce monsieur fort aimable : il est impossible en Argentine d’espérer une quelconque efficacité de la fonction publique car les fonctionnaires argentins ne travaillent pas, il y a autant de boliviens en Argentine que de chômeurs argentins, le développement du pays tient au travail des citoyens d’origine européenne, les gens pauvres pourraient très bien s’installer à la campagne pour vivre de leur potager et s’ils ne le font pas c’est parce qu’ils sont paresseux, et tout un tas d’arguments que nous connaissons très bien en France, mais déclinés à la mode latino.

Enfin, pour être tout à fait honnête, les campings, c’est chouette, mais c’est inégal. Ça a le mérite de nous apprendre à apprécier des choses simples : un carrelage bien posé, une plomberie qui ne fuit pas, une porte de WC qui ferme… bref… En plus de ça, nous traversons des régions où les européens vont peu, et les argentins ne sont pas en vacances. En général, nous avons le camping pour nous et… nous ne croisons pas grand monde.

Alors pour discuter avec des argentins, idéalement trouver d’autres enfants, nous avons séjourné chez des familles. Ce sont de formidables rencontres, nous avons été reçus avec un naturel et une générosité assez déconcertante. Nous découvrons mieux ce qui peut distinguer la culture latino-américaine de notre façon de faire à la française, une autre façon de vivre.

Alors, grand merci à eux ! J’espère que les hasards de la vie nous permettrons de nous recroiser. German, peut-être que tu nous lis en français ? Et si le cœur vous en dit, je vous laisse apprécier les vidéos du cirque Zircaos que vous trouverez sur internet (en espagnol) : une famille qui a voyagé pendant des années et qui ouvre désormais sa maison aux voyageurs.

Nous avons donc eu l’occasion de parler un peu de la situation en Argentine et voici, brièvement, ce qui nous en savons : les argentins ont voté en août dernier lors d’une espèce de répétition générale de présidentielle qui a vu le président actuel, Macri (oui, ça ne s’invente pas !), largement battu. La veille de ce vote, nous changions, 1 euro contre 40 pesos argentins et le lendemain, le taux de change était à 1 euros contre 60 pesos et c’est toujours le cas. Autrement dit, le vote des argentins contre la politique libérale de Macri leur a valu une dévaluation dramatique. Plus largement, les argentins subissent depuis une dizaine d’années une inflation terrible et si les prix augmentent, les salaires, eux, stagnent. Les argentins sont donc appauvris et certains ne peuvent plus payer, par exemple, l’électricité – les tarifs n’étant plus dans leurs moyens. Les argentins que nous avons rencontrés, et que nous invitons chaleureusement à Paris, nous ont répondu qu’en l’état du taux de change, il ne leur est plus possible de voyager. L’inquiétude est partout, et aussi l’amertume, car l’Argentine est un pays développé, avec de bonnes infrastructures, un pays immense, plein de richesses, peuplé d’une population éduquée et cultivée.

Les argentins votent ce week-end pour une présidentielle qui logiquement devrait voir Macri battu. A voir dimanche.

Enfin, au-delà de l’Argentine, la situation est compliquée dans nombre de pays d’Amérique Latine.

En Équateur, la population s’est soulevée contre une augmentation du prix de l’essence demandée par la FMI et après une dizaine de jours de manifestations, le pouvoir a renoncé à cette mesure.

Au Chili, les manifestants protestent contre la pauvreté et les inégalités, le mouvement à l’air de s’amplifier de jour en jour.

En Bolivie, l’issue du scrutin de la présidentielle est contesté et la réélection d’Evo Morales devrait faire l’objet d’un recomptage des voix. Là encore, d’énormes manifestations ont lieu.

Partout, la méthode semble la même : manifestations mais aussi blocage des routes et des stations service. Plusieurs voyageurs, dans tous ces pays, ce sont trouvés bloqués parfois pendant plusieurs jours.

Qui sait ce qui va se passer ?

Sachez aussi que les « Chalecos amarillos » sont connus ici. On vous laisse avec ces images de l’arrivée de Macron en Argentine chez son copain Macri. Voilà qui a fait rire les argentins (et nous aussi).

Alors voilà, du Che à aujourd’hui, c’est une histoire qui continue, qu’est-ce qui a changé ?

Grosses bises à tous !