Bonjour à tous,

Nous voici en Bolivie ! Nous commençons la visite de ce pays par le Salar d’Uyuni, qui comptera sans doute parmi les plus grands moments de notre voyage.

Nous commençons par le cimetière de trains, à Uyuni, où finissent de rouiller les trains qui transportaient le sel.

Comme le Salar est recouvert d’eau de janvier à mars, nous ne savions pas si nous pourrions le visiter. Le premier soir, nous avons bivouaqué au bord, à côté de grosses flaques, à se demander si nous allions nous y engager. Nous sommes restés toute la soirée à regarder l’étendue de sel et rien que du bord c’était déjà beau. Nous avons vu passer des jeeps, et puis une voiture, et des camions et finalement un bus. Autrement dit, nous pouvons y aller… Une fois la nuit tombée, tout le monde était parti, nous nous croyons seuls pour la nuit, mais c’est là que nous avons vu arriver tous les 4×4 des touristes qui revenaient de leur soleil couchant : pas moins d’une centaine de voitures qui sortaient du Salar, c’était un spectacle incroyable (dont la photo ne donne pas vraiment idée).

Le lendemain, nous nous sommes décidés à passer les flaques. En vérité, il n’y a pas trop de danger de s’embourber car sous l’eau, le sel reste dur. Du moins, c’est la théorie, parce que des gens qui se sont embourbés dans le Salar, il y en a beaucoup. Sur la majeure partie, il y a plus de cinq mètres de sel bien dur et il est impossible de s’y enfoncer. Mais il y a aussi des cavités : des trous remplis d’eau et au bord, une croûte d’à peine vingt centimètres. Il vaut mieux rouler à côté car ceux qui se plantent là-dedans se retrouvent enfoncés jusqu’au capot.

Bref, nous y avons été prudemment en suivant les traces des autres véhicules pour prendre notre petit déjeuner dans le premier hôtel de sel qui ait été construit dans le Salar. On ne peut plus y dormir mais la grande salle est ouverte.

Pas très loin, il y a une grande partie du Salar toujours immergée appelée miroir. C’est un spectacle extraordinaire.

Ensuite, nous nous sommes vraiment engagés dans le Salar, qui forme à peu près un carré de cent quarante kilomètres de côté. Rouler sur cette étendue de sel, c’est génial. Le temps était magnifique : tous les nuages restaient accrochés sur les bords. Au milieu, le sol était complètement sec, on pouvait filer comme le vent. Le Salar est tellement grand que nous y sommes tous seuls.

Au cœur du Salar, il y a l’île d’Incahuasi : au milieu du sel, c’est une petite colline de cailloux où poussent des cactus qui ont plusieurs centaines d’années. Nous avons décidé de rester là jusqu’au lendemain.

Puis nous avons tenu notre promesse : les enfants ont conduit sur le Salar. Grosse expérience pour eux, pour la première fois au volant, et je peux vous dire qu’ils ont pris les choses au sérieux.

Dans l’après-midi, nous avons vu arriver les jeeps de touristes, puisque l’île est une étape incontournable : ils arrivent tous en même temps, et ils repartent à peu près tous en même temps. Les agences ont des tours bien réglés, tous les mêmes. Vers dix-sept heures, il n’y avait plus que nous, trois gardiens, et une vieille dame. Cette vieille dame est la première habitante de l’île : alors qu’il n’y avait que des cactus, elle a décidé de construire ici sa maison, à soixante dix kilomètres de sel de toute terre habitée. Elle a ouvert un petit magasin et le soir, je lui ai acheté deux bières. Je l’ai accompagnée jusqu’à sa porte ; elle m’a dit qu’il y avait un petit cactus, devant chez elle, qui poussait mal. Il devait avoir quelque chose ce cactus, ça l’ennuyait. C’était un tout petit cactus de vingt centimètres. Normalement, il devrait pousser de un centimètre par an, elle a l’œil dessus depuis des décennies et le compte n’y est pas. Ensuite elle s’est assise dehors, et elle m’a dit qu’elle était heureuse. Tous les soirs de sa vie, elle doit regarder le soleil se coucher sur le Salar. Dans la journée, elle voit passer des jeeps de gens pressés qui lui achètent un coca. Elle m’a dit que nous allions lui tenir compagnie, et que je pouvais frapper à sa porte si j’avais besoin de quelque chose (par exemple, d’autres bières).

A la nuit tombée, un bus est arrivé. C’est un peu incroyable, encore une fois, mais une compagnie de bus traverse le Salar. C’est un tabou en Bolivie parce que cela signifie que ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un tour en passant par une agence peuvent venir en bus, sur une ligne régulière. Deux voyageurs sont descendus sur l’île avec leur tente, pour y passer la nuit. Une espagnole et un italien bien sympathiques, en l’occurrence astucieux, qui débarquent au milieu de nulle part au coucher du soleil pour camper.

Le lendemain matin, toutes les jeeps des touristes étaient de nouveau là pour le lever du soleil et le petit-déjeuner. Là encore, tous les groupes s’y prennent de la même façon : levé cinq heures, une heure de route jusqu’à l’île, petit déjeuner, tour de l’île et on rentre. Mais il n’y a pas foule non plus.

Sur le chemin du retour, nous avons ramené les jeunes qui campaient (ils n’ont pas eu à attendre le bus suivant) et aussi l’un des gardiens de l’île (nous ne saurons jamais pourquoi). Comme nous étions complètement en confiance, les enfants ont reconduit, et puis moi aussi. Pour rester encore un peu, nous sommes retournés aux miroirs, comme ça les auto-stoppeurs l’auront vu aussi (le bus ne fait pas non plus la visite touristique).

Tout cela s’est terminé au « lavadero » pour enlever la couche de sel dont était recouvert le véhicule. Les gars nous ont tout lavé à l’eau sous pression, plus du moussant sur la carrosserie, nous sommes ressortis rutilants. Vous n’imaginez pas comme on brille.

Il est de coutume de profiter de l’absence de perspective dans le Salar pour prendre des photos marrantes. Voici les nôtres :

Grosses bises à tous, ça vous fait des images de ciel bleu et un peu de poésie si vous êtes bloqués chez vous pour cause de coronavirus. Ici aussi, c’est la panique et plusieurs mesures de restriction ont été prises hier. Comme les écoles françaises, les écoles boliviennes sont fermées (il n’y a plus que nos enfants qui ont école!). Nous ne savons pas pendant combien de temps nous pourrons encore passer les frontières : désormais, il est prévu un formulaire et un entretien avec un médecin dans plusieurs pays. Nous avons acheté notre billet retour, mais qui sait si nous atteindrons la Colombie…