Bonjour à tous!

Initialement, nous avions prévu de traverser rapidement le Paraguay : il n’y a rien de particulier à voir dans ce pays dont les voisins sont largement dotés de « merveilles ». En plus, nous avons visité un peu de Paraguay il y a dix ans et nous n’en gardions pas vraiment un souvenir enthousiasmant: un pays assez léthargique et une chaleur torride voire carrément insupportable dans le Chaco (au nord), en été (donc en décembre).

Là, nous passons la frontière en hiver (août) mais sitôt traversé le rio Parana et passé la triple frontière, la température grimpe et il fait immédiatement très chaud : le Paraguay, c’est des journées à trente degrés en plein hiver. On file sur la route principale, il y a des camions, des stations service, pas mal de poussière, c’est plat, il y a des vaches et des grands panneaux publicitaire de Bayer en faveur de l’agrochimie. Bon.

Mais comme le trajet est trop long pour pouvoir traverser le Paraguay d’une traite, nous devons faire une étape. Alors on quitte la nationale pour entrer dans la campagne (côté sud) et c’est subitement beaucoup plus riant, même très agréable, une belle campagne avec des petites maisons très soignées, en briques ou peintes avec des couleurs vives. Comme c’est l’hiver, le beau temps et les subtropiques, c’est la saison des mandarines, des fraises et des bananes. On traverse un territoire de cannes à sucre (je me souviens d’avoir vu ça sur un paquet de sucre : « sucre du Paraguay »), on continue plus loin, on arrive à La Colmena, fin de l’asphalte, et comme le jour tire à sa fin, on en vient à douter de trouver un camping au bout du bout d’une piste qui devient de plus en plus petite, et dans un coin tout de même sacrément loin de tout. Mais finalement, si : on arrive dans le camping « Tranquilo » tenu par des français, avec d’autres français, qui passent le temps là, à regarder le paysage dans un éternel beau temps. Et comme on s’y est bien trouvé, on est resté un peu plus que prévu.

Puis nous avons repris la route. En chemin, nous sommes monté sur un petit cerro pour voir le paysage (pas de montagne au Paraguay).

Le hasard nous a conduit à Caacupé où nous avons fait la connaissance de Viviana : ça a été un très belle rencontre et nous sommes resté plusieurs jours chez elle.

Là, nous retrouvons le mythe des origines de ces régions d’Amérique Latine avec des missionnaires, des franciscains cette fois-ci, venus évangéliser les guaranis (comme les jésuites du nord de l’Argentine). A Caacupé, la légende dit qu’un guarani évangélisé prénommé José, aurait été poursuivi par des guaranis non évangélisés qui auraient voulu le tuer, qu’il se serait caché derrière un arbre pour prier la vierge Marie d’être épargné. Il fut alors illuminé d’une lumière divine et les guerriers passèrent sans le voir. En remerciement, il fit deux statues de la vierge avec le tronc derrière lequel il s’était caché. L’une des deux statues se trouve à Caacupé où les paraguayens ont construit une basilique, lieu saint d’importance au Paraguay et destination de pèlerinage. Je vous ai raccourci l’histoire mais le thème est bien là : un guarani évangélisé en vaut deux… bref… une petite photo de cette statue.

On s’est promené aux alentours de Caacupé, nous avons été invité à déjeuner chez le père de Viviana, sociologue célèbre du Paraguay. Il s’appelle Ramon Fogel et il a étudié les questions d’écologie, notamment les sujets liés à l’agriculture. Il nous a parlé des gilets jaunes français et nous a dit qu’il pensait que c’était une bonne chose que Macron lutte contre les pesticides. Là, on s’est permis une petite mise au point comme quoi on était plutôt en train de reculer que d’avancer… (D’ailleurs, ça y est, on nous a reparlé de Macron qui va passer pour un espèce de protecteur de la planète avec sa sortie anti-Bolsonaro/anti-Mercosur… Quand on pense qu’il a fait campagne pour ce traité au mépris des problématiques écologistes, incroyable).

Avec tout ça, nous avons pas mal parlé, au Paraguay. Ce pays a une histoire tragique ; il a vécu un véritable génocide lors de la guerre de la triple alliance contre l’Uruguay, l’Argentine et le Brésil. S’en est suivi une autre guerre, la guerre du Chaco contre la Bolivie. Le Paraguay, qui était le pays le plus riche de l’Amérique Latine au XIXème siècle, qui possédait de l’or et une industrie, ne s’en est jamais vraiment remis. Mais au delà de la question de la richesse actuelle, nous avons découvert un pays qui a une identité bien distincte de celle de ses voisins. Le Paraguay s’est construit tant avec les populations guaranies qu’immigrées et d’ailleurs le guarani est une langue nationale que tout le monde le parle ; c’est un pays complètement métissé ce qui n’est pas le cas dans les régions voisines. En Uruguay, il semblerait que les populations indiennes aient été complètement décimées. Dans le nord de l’Argentine les guaranis vivent dans des cahutes misérables dans la forêt et mendient dans les rues. Là-bas, les affiches qui prônent le respect de la culture guaranie ont eu du mal à nous convaincre… Mais au Paraguay, c’est différent et les enfants l’ont bien vu: c’est Loup qui a dit « Ici, il y a des guaranis, mais c’est comme des guaranis riches ».

Et puis le Paraguay a toujours été un pays d’immigration : il y a traditionnellement des colonies de toutes nationalités. Quiconque peut venir s’établir ici, acheter de vastes terres à un prix modique, se voir octroyer la nationalité paraguayenne, et monter une affaire (il semblerait que ce soit beaucoup plus compliqué d’un point de vue administratif dans les autres pays d’Amérique Latine). A La Colmena où nous étions, il y a une colonie japonaise. Actuellement, il y a aussi une immigration allemande, dont on nous a parlé plusieurs fois : des allemands qui pensent qu’il va y avoir une guerre en Europe et qui viennent se « réfugier » au Paraguay, créer des communautés qui sont sans doute plus ou moins des sectes. Il y a toutes sortes de personnes attirées par ce pays de liberté où tout est à faire et donc riche d’opportunités: il règne ici comme un esprit pionnier.

Voilà donc un grand texte sur le Paraguay, encore un pays méconnu. Mais c’est aussi que les touristes organisent leur voyage pour aller de « truc à voir » en « truc à voir » quitte à faire des centaines de kilomètres sans s’arrêter et à passer des nuits sur les parking des stations service. Et comme il n’y a rien d’« extraordinaire » dans ce pays … tout le monde passe à côté du Paraguay. Ici, il faudrait rester plus de temps et j’ai un peu des regrets. En plus, je n’ai pas pris les photos que j’aurais voulu prendre notamment parce qu’à partir de cinq heure du soir il n’y a plus assez de lumière et à six heures, c’est nuit noire. Alors, imaginez de vastes étendues, un grand soleil, des petites maisons et plein de palmiers.

Et à part ça, tout va bien et grand merci à tous pour vos commentaires !

La bise à Tranquilo si certains nous lisent, ainsi qu’à Viviana et à ses fils qui nous ont si bien reçus.