Bonjour à tous !

Nous sommes encore remontés le long de la route 40, que nous suivons depuis plus de deux mois. Nous roulons sous un soleil de plomb, d’autant plus cuisant que nous traversons des régions désertiques.

Nous longeons les Andes et il commence à y avoir des mines, des mines d’or mais pas seulement. Il y en beaucoup dans la montagne, d’ici jusqu’en Bolivie ; des mines abandonnées, de mines exploitées et aussi des projets miniers – dans la région de Catamarca -, et cela suscite beaucoup de tensions. L’exploitation minière compte parmi les plus polluantes qui puissent exister, notamment en raison des métaux rejetés dans les nappes et les cours d’eau. On trouve des tracts dénonçant les projets, des messages inscrits sur les murs « Là où il y a des mines, il y a la mafia ».

Les indiens connaissaient les sites miniers et ils les exploitaient bien avant l’arrivée des espagnols. A Chilecito, la mine était située très haut dans la montagne et les wagonnets remplis de pierres descendaient par un système de câbles conçu par les allemands au profit des anglais, moyennant une redevance à l’Argentine. Le tout ayant définitivement périclité lors de la crise de 1929.

Nous avons quitté la 40 pour pousser jusqu’à Fiambala, connu pour ses thermes assez fantastiques, les plus belles que nous ayons vues. La source est à 45°C et un astucieux système de bassins décline l’eau à toutes les températures. Voici tout le monde en train de se baigner dans de l’eau à 35°C, puis 37°C, puis Christophe dans du 37° et les enfants avec les pieds dans du 38°, puis du 39°, et puis un aperçu des bassins à 41° et 42° où on ne met que les pieds… Dans la montagne. Très, très joli.

Retour par la route de l’adobe, avec ses anciennes églises restaurées selon la technique de construction traditionnelle : les murs sont en briques d’adobe, recouvertes d’une couche de terre mêlée à de la paille, la charpente est en bois local – l’algarrobo -, et la toiture est soutenue par des roseaux. Ces matériaux sont encore utilisés dans la région pour la construction de nouvelles maisons.

Puis nous sommes arrivés à El Shinkal, où les archéologues ont récemment découverts les vestiges de la cité la plus méridionale de l’empire inca. L’histoire dit qu’ici les incas se sont entendus avec les indiens qui habitaient le site, les diaguitas, en tout cas la conquête aurait été plus consensuelle qu’ailleurs. Le caractère très vert de l’endroit est assez inattendu et on comprend facilement qu’il soit dénommé « paysage sacré et vénéré des incas ».

Dans le musée, nous découvrons que des mots d’origine inca nous sont devenus familiers au fil des mois : le condor, la pampa, le puma mais aussi la carpa (la tente), le choclo (le maïs), et les ojotas (les tongs, dont nous faisons une certaine consommation puisque les enfants refusent de mettre autre chose).

Nous voilà donc entré dans le territoire de la Pachamama qui s’étend d’ici jusqu’au nord des Andes.

A El Shinkal, nous sommes reçus dans une famille, encore une fois des gens très charmants, ainsi que leurs enfants, nous avons partagé avec eux des repas, des matés, des conversations. Ils sont de grands voyageurs qui ont déjà fait un voyage en Amérique Latine et qui projettent de repartir. Comble de la gentillesse, ils nous ont laissé une chambre dans leur maison, et c’était une très belle maison, précisément construite en brique d’adobe, avec un plafond de roseaux.

De plus, leur terrain se trouve en vérité être dans le site archéologique, l’ancienne cité incas étant bien plus étendue que la partie qui peut être visitée. Mais comme la famille s’est établie avant la découverte des ruines, ils continuent à habiter là. Nous voici donc, incroyable mais vrai, partis à la recherche de poteries incas au fond du jardin puisqu’à chaque pluie, l’eau ravine un peu les talus et fait apparaître des tessons. Nous en emmenons quelques uns en souvenir… Les enfants, ça leur a plu!

On se souviendra avec le plus grand plaisir de ce séjour, qui sera aussi notre dernière invitation en Argentine… Il y avait même un chaton et encore une fois, on nous a fait remarquer que les animaux ne sont pas forcément habitués à autant d’amour: après le passage de Loup, il doivent réapprendre à marcher vu qu’ils n’ont pas mis les pattes par terre pendant deux jours. Et puis je mets une photo de notre camion, garé dans le jardin, au beau milieu du « paysage sacré et vénéré des incas ».

Nous aurions pu rester bien plus longtemps dans la région de Catamarca, il y avait encore beaucoup de choses à voir : la mine d’or perdue dans les montagnes, des paysages fantastiques… Mais nous ne pouvons pas imposer trop de kilomètres aux enfants, notamment des kilomètres de « ripio » difficile (de piste), et puis nous avons encore beaucoup à voir… alors nous avons choisi (avec regret) de rejoindre Cafayate, puis Salta où nous sommes aujourd’hui.

Depuis que nous sommes partis, nous avons parcouru 20000 kilomètres et nous avons rejoint le nord de l’Argentine où nous étions passés il y a 5 mois. L’occasion pour nous de mesurer le temps passé et la route parcourue. Et de nous lancer vers la suite, aussi, puisque nous allons rejoindre bientôt la Bolivie.

Bise !