Bonjour,

Notre voyage n’est pas terminé mais nous quittons le « Sud de l’Amérique du Sud », autrement dit l’Argentine – où nous avons passé cinq mois – et les pays voisins où nous sommes restés moins longtemps : l’Uruguay, le Paraguay, le Chili. Nous entamons désormais un nouveau voyage dans les pays plus au nord où nous découvrirons d’autres paysages, d’autres climats et d’autres cultures.

Alors, avant de quitter l’Argentine voici un petit article spécialement consacré à ce pays que nous aimons beaucoup !

Et tout d’abord, un grand merci à tout ceux qui nous ont reçu chez eux ! Nous avons eu cette idée originale de faire du couchsurfing en famille (originale car nous n’avons rencontré aucune famille qui l’ait fait). C’est un peu étrange, peut-être, mais il se trouve que les gens nous ont accueillis : le plus souvent nous dormons dans le camion et nous nous garons dans la rue ou dans le jardin. D’autres rencontres sont des amis d’amis. Ce n’est pas toujours très simple avec les enfants et il faut parler espagnol, mais les rencontres que nous avons faites auront été immensément importantes, des moments précieux, amicaux et émouvants.

Nous ne sommes pas sûr que la suite du voyage nous offre l’occasion de continuer à voyager ainsi car nous allons vers des pays où les gens ont moins l’occasion de voyager, et donc sans doute une moindre propension à accueillir des voyageurs.

Alors merci pour le temps qu’ils nous ont consacré, pour les matés, les asados, les visites, l’accueil (et aussi les lessives), tous les repas que nous avons partagés, tous les cadeaux et spécialités culinaires, l’attention portée aux enfants (et aussi la patience…)

Rien que pour le plaisir, je rassemble ici les photos que nous avons prises avec les familles que nous avons rencontrées : c’est assez difficile de dire ce que cela représente pour nous mais il est certain que, sans ces rencontres, le voyage n’aurait été que l’ombre de lui-même. Nous garderons le souvenir de l’accueil qui nous a été réservé, de la confiance (ils nous laissent leurs clés sans nous connaître…), de tout ce dont nous avons discuté, et de tout ce que nous avons appris. Beaucoup parmi ceux qui nous ont invité ont changé de vie récemment et ont fait le choix d’avoir du temps, d’ouvrir leur porte ; c’est un enseignement pour nous. A eux tous, c’est aussi la culture de leur pays qu’ils nous ont laissé entrevoir mais c’est trop difficile à expliquer. Et puis enfin, ils nous ont permis d’apprendre l’espagnol : il nous en restera des « che », caractéristiques de l’accent argentin ! C’est aussi grâce à tous ces séjours en famille que les enfants comprennent l’espagnol et peuvent le parler un peu, surtout quand il y avait d’autres enfants.

Voici toutes nos rencontres en Argentine :

Sans oublier Viviana du Paraguay, ni Estelle et Juan d’Uruguay !

Et voici ce que nous pouvons dire de l’Argentine, même si ce n’est pas grand-chose, ce qui nous a marqué, un peu de ce que nous avons compris… Cinq mois, c’est à la fois beaucoup et pas grand-chose pour un pays aussi grand. Ce qui suit pour ceux qui s’intéressent à l’Argentine !

Un pays immense

A parcourir l’Argentine de haut en bas, nous savons désormais que nous parcourons environ 12° de latitude par mois… une autre façon de lire la carte. Les argentins n’ont pas la même conception que nous des kilomètres. Pour eux, cinq cents kilomètres, c’est la porte à côté. Pour nous, c’est l’autre côté du pays.

Alors voici pour les deux routes principales qui sillonnent le pays du nord au sud : la route 3 qui descend jusqu’à Ushuaïa par la côte, la route 40 qui longe les Andes. Nous pouvons nous vanter d’avoir bien arpenté les deux et voici en image : la fin de la Ruta 3, en Terre de Feu, et la fin de la Ruta 40, à La Quiaca, tout au nord.

Des paysages en pagaille

Alors avec tout ces kilomètres, on va du Chaco torride à la Terre de feu un peu fraîche, en passant par le vent de Patagonie, l’éternel beau temps de Salta, cactus au nord et glaciers au sud, humidité des jungles du nord-est, plaines de la Pampa et sommets des Andes… En vérité, on pourrait voyager des années en Argentine sans tout voir… Ce que l’on peut vous dire c’est qu’il y a de la place ici : dans tout le pays, nous traversons des régions peu peuplées, parfois désertiques, et il y a rarement foule. Beaucoup de terres inexploitées, trop arides (aussi bien dans le chaud que le froid), sans arbres, peuplées de guanacos et d’autruches… Par rapport à notre petite France pleine comme un œuf, l’Argentine donne une impression d’immensité.

Des maisons

Autant nous sommes trop nombreux chez nous, et déjà bien entassés, autant ici il y a de l’espace, plein d’espace. Chacun peut librement construire sa maison sur son terrain et nous avons vu beaucoup de maisons « auto-construites » selon diverses méthodes mais la plus répandue serait une structure de bois et un parement en terre mêlée à de la paille pour l’isolation. Le chauffage est généralement assuré par un poêle à bois, y compris en Patagonie et en Terre de Feu. Même si nous avons aussi vu pas mal de petits lotissements en construction, l’Argentine échappe à une uniformité dans le style « Bouygues Construction » et c’est tant mieux pour eux.

Criollo

L’histoire de l’Argentine, c’est celle de la conquête espagnole en territoire indien et l’apparition d’une population métissée indienne et espagnole. Par suite, l’Argentine fut une terre d’immigration européenne (notamment italienne, allemande, française) et les Argentins ont souvent des ascendants européens. Il est assez étrange, d’ailleurs, d’imaginer ces européens, au début du siècle dernier, quitter l’Europe pour faire leur vie dans un pays naissant tel que devait l’être l’Argentine.

On désigne par le terme « criollo » le métissage indien et espagnol, et par extension indien et européen. Quasiment tous les argentins sont donc « criollos ». (A mon avis, ce n’est pas très approprié de traduire le mot en français par « créole », terme lié à l’histoire des Antilles, mais c’est la traduction usuelle).

« Criollo » désigne aussi tout ce qui est propre à l’Argentine, tout ce qui date de la conquête espagnole, de l’indépendance, de la construction du pays. Alors les chevaux d’Argentine sont « criollos », le fromage peut être « criollo », et il y a sans doute beaucoup d’autres exemples…

C’est la culture dominante en Argentine car, pour tout dire, il reste peu de territoires indiens. Même s’il y a toujours un musée pour rappeler l’histoire des peuples premiers et leur rendre un hommage un peu tardif, il reste bien peu de communautés indiennes et elles ne sont pas florissantes. Les indiens se sont vus confisquer leurs terres qui ont été vendues : il n’y a presque pas de terres publiques, le pays est largement privé (y compris les montagnes et les terres inexploitées). Du nord au sud, on peut vous dire que nous avons longé les clôtures qui délimitent les immenses estancias sur des milliers de kilomètres. Le terme « tranquera » (la barrière) est d’utilisation courante car les routes secondaires sont également privées, et peuvent donc être fermées selon le bon vouloir du propriétaire, on ne sait jamais trop si on a le droit d’ouvrir pour passer, ou pas. Cela ne simplifie pas le bivouac. Par contre, on nous a fait valoir que ça améliore l’entretien du pays : cela évite les dépotoirs. Et c’est vrai, les estancias sont fermées et surveillées : l’Argentine est un pays propre.

Péronisme

On aura essayé de comprendre ce que c’est que le péronisme… Pour tout dire, cela reste quelque peu mystérieux, une spécialité argentine, un mélange de mesures sociales et de libéralisme économique. En octobre, les argentins ont de nouveau porté le péronisme au pouvoir (Fernandez et Kirchner). L’Argentine traverse une période économique difficile, avec une inflation terrible qui empêche les argentins d’économiser, qui rend les tarifs de la nourriture ou de l’électricité exorbitant (bien entendu les salaires ne suivent pas l’augmentation des prix). Les argentins ne peuvent plus voyager car le taux de change leur est trop défavorable. On espère que ça changera. Les argentins que nous avons croisés nous ont largement vanté les mérites du péronisme, en l’occurrence de Kirchner. Selon eux, le kirchnérisme les a sauvé après la faillite de 2001 (à l’époque Nestor Kirchner, désormais Cristina). Les argentins tournent la page de plusieurs années de libéralisme sauvage qui a appauvri les argentins et ré-endetté dangereusement le pays. Avant le vote, nous changions 1 euro contre 40 pesos et le lendemain de l’élection, 1 euro contre 65 pesos : voici comment est puni un pays qui tourne le dos au libéralisme tant apprécié de la finance mondiale.

Enfin, les argentins tentent l’écriture inclusive, en essayant de remplacer les masculins en « o » et les féminins en « a » par des formules neutres en « e », ainsi on ne dira plus « Hola, chicos y chicas » mais « Hola, chices ». Pas sûr que ça prenne.

Maté

Les argentins boivent du maté, c’est une coutume très répandue et pour certains argentins, la pause maté est même complètement indispensable. L’immense avantage du maté, c’est que c’est complètement inoffensif, on peut en boire autant qu’on veut, en donner aux enfants, c’est mille fois moins ennuyeux qu’une tisane et ça évite de boire trop de bière. C’est aussi une coutume qui permet d’avoir une petite discussion avec n’importe qui : les argentins sont très friands d’une petite discussion comme ça, pour rien ; ils ont toujours un petit quart d’heure pour se renseigner sur notre voyage, par exemple. Ils discutent aussi entre eux, les relations ont l’air plus simples. Il y a peut-être plus de tolérance, plus de fraternité, plus d’aisance. Des caractères calmes et posés, moins d’énervement, plus de souplesse que chez nous. Mais plus d’espace aussi, j’y reviens parce que je suis persuadée que la promiscuité engendre fatalement de l’énervement.

L’asado du dimanche

C’est la coutume : le dimanche est réservé à une réunion de famille autour d’un « asado ». Ici, les camping sont ouverts à la journée et le dimanche, nous savons désormais bien comment les choses se déroulent : à partir de onze heures/midi, début des braises. Vers treize heures le camping est envahi d’une fumée de barbecue (ne pas laisser son linge à sécher à mois d’aimer le parfum grillade). Les familles garent leur voiture à côté d’eux pour profiter de l’autoradio voire ils ont carrément avec les grosses enceintes dans le coffre (je classe cela dans mon top 5 des trucs les plus beauf de la terre). Et c’est parti pour la compilation « Spécial Asado » qui tourne en boucle pendant des heures. Jusqu’à épuisement de la batterie du véhicule… ouf.

Un pays de voyageurs

Beaucoup de jeunes argentins partent sur les routes, souvent en auto-stop, pour faire un grand voyage. Ils parcourent le continent latino-américain en vendant des bracelets, en faisant de l’artisanat, en jonglant aux carrefours, en cuisinant des empanadas. Ils sont aussi embauchés comme « voluntarios », très souvent dans les campings, ou bien ils font la cueillette. Ils cultivent une grande ouverture d’esprit, font l’expérience de la liberté, ils sont à la recherche d’une certaine forme de bonheur, ou de sérénité, qui s’exprime par tout un tas d’inscriptions un peu naïves mais assez jolies que l’on peut lire sur les murs : « Me fui a ser feliz, no se cuando vuelvo » (« Je suis parti pour être heureux, je ne sais pas quand je reviens »). Ils ne sont pas des marginaux, ni des révoltés, ils ne sont pas en lutte contre la société et pour tout dire, ils ont l’air de développer une philosophie épanouissante. C’est propre à la culture latino-américaine.

Voici une photo prise dans un camping en Terre de Feu où les voyageurs ont tous laissé une inscription gravée sur un morceau de bois, ils disent leur plaisir de voyager, et de trouver un endroit au chaud dans les terres australes.

Trop de chiens !

Des chiens partout, dans toutes les familles (ou sinon, au moins un chat). Mais aussi des chiens dans la rue et comme les croisements ne sont pas toujours heureux, ça fait plein de chiens-saucisse.

Trop de sucre !

Ici, c’est la folie des « gaseosas » – les sodas -. Au resto, il est convenu que nous allons forcément commander une bouteille de Coca, de Fanta ou autre… et quand on commande une bouteille d’eau, la serveuse nous regarde souvent comme si nous étions en plein délire masochiste. On nous a parlé d’un pauvre gamin dont les parents n’avaient pas acheté de Coca pour la fête d’anniversaire : depuis ses copains refusent d’aller chez lui. Ambiance.

On sent aussi que ce n’est pas l’amour fou entre les argentins et les légumes… Un jour que j’épluchais un concombre, un argentin m’a demandé si j’allais le manger cru. Je lui ai demandé comment il le mangeait, lui. Il m’a répondu qu’il ne mangeait pas de ça. Ça avait l’air définitif.

Mais les choses changent et beaucoup d’argentins, parmi ceux que nous avons rencontrés, modifient leur alimentation, comme nous. On a même croisé un argentin végétarien et il y a des conversations tumultueuses sur le sujet. Il est vrai que quand on essaie de limiter sa consommation de viande, le déballage des kilos de bidoche de l’asado (500 grammes par tête), parfois, ça fait un spectacle un peu horrible… D’un autre côté, pour être tout à fait franc, la viande argentine est d’une qualité incomparable et bien grillée, c’est impossible de résister.

Pour finir sur le sujet nourriture, je vous montre l’étiquetage des produits au Chili, avec les pastilles noires d’avertissement. Il paraît que Trump, lors d’un entretien avec le président du Chili, a commencé par lui demander d’enlever les pastilles sur les emballages alimentaires. Mais en Argentine comme en France l’industrie agro-alimentaire maîtrise les gouvernement alors pas de pastille pour nous, soit-disant que ce serait trop compliqué, et des problèmes de surpoids.

Il n’a pas l’air un peu moins appétissant, le chocolat, avec ses trois pastilles ? C’est pas possible chez nous, ça ?

Nous aurions encore des tas de choses à dire, mais on vous les racontera au retour…

On vous fait des bises, prenez soin de vous, mettez vos masques anti-coronavirus, c’est l’enfer ça !

L’Argentine commence à contrôler les véhicules français pour savoir depuis quand on est sur le territoire et s’il y a un risque de contamination.

Mais nous avons déjà passé la frontière, nous sommes en Bolivie.

Bises latinos.