Bonjour et bonnes vacances de Noël !

De notre côté, nous sommes repartis d’Ushuaïa pour s’enfoncer en Terre de Feu. Nous retournons dans un camping où tous les voyageurs laissent un mot gravé dans le bois en souvenir de leur passage ici et puis nous nous engageons pour quelques jours dans des terres très reculées.

Nous bivouaquons dans la nature, nous passons la frontière pour entrer au Chili et nous avançons jusqu’à l’un de ces nombreux bouts du monde qu’il y a dans les parages ; la route avance pour s’arrêter à la mer dans une crique de montagne. Il y a des gens qui vivent là, à 200 kilomètres de piste d’un premier pueblo où ils pourraient, peut-être, trouver des boîtes de conserve… c’est ainsi la vie au bout du monde…

Sur cette piste très reculée, nous avons pris en stop des guadaparques chiliens qui revenaient avec leur tente de quelques jours de reconnaissance dans les sentiers de montagne ; ils vérifient l’état des chemins, comptent les guanacos, ramassent les animaux morts pour les envoyer dans un laboratoire et étudier l’état sanitaire de la faune. Comme nous les avons ramenés jusqu’à leurs habitations, ils nous ont montré leurs bocaux de formol : des fœtus de castors, un rat, un cœur de condor. Nous leur avons aussi demandé comment cela se passe dans les parages pendant l’hiver ; ils nous ont dit que le soleil se lève à 10 heures pour se coucher à 16 heures, qu’ils passent pas mal de temps à dormir et que sinon, ils ont un atelier où ils font des panneaux de signalisation. Justement, on s’était dit en roulant qu’il y avait énormément de panneaux sur cette piste déserte…

Nous sommes en quelque sorte ressortis de ces terres isolées pour rejoindre Porvenir et prendre le bac qui nous a conduit en Patagonie Chilienne.

C’est alors que les nuages se sont en quelques sortent amoncelés au dessus de nos têtes dans une ambiance qui aurait pu être « Fin camino ».

Disons pour aller vite que nous sommes tout de même la plupart du temps tous les quatre, à la fois dans beaucoup d’espace – paysages infinis – et dans très peu d’espace – la furgoneta – et que ce n’est pas tous les jours facile. Il y a eu une petite (grosse) mise au point et le jour suivant, les enfants se sont mis à dessiner des labyrinthes noirs, très noirs…

Le lendemain, encore des labyrinthes, peut-être un peu plus clairs ; des monstres sont apparus mais également des outils pour s’en sortir : marteau, opinel, argent, potion magique…

C’est dans ce climat délétère que nous avons rejoint la région chilienne dénommée « Ultima Esperanza », en nous demandant si nous allions nous échouer alors que les enfants, fidèles à leur insouciance, profitaient d’un pêcheur qui posait ses filets à côté de notre bivouac pour se faire offrir un petit tour en barque.

Bref, je vous mets aussi les derniers dessins, des cartes d’îles imaginaires…

Mais tout ça, la Terre de Feu s’en fiche, ici c’est la nature immense…

J’espère que je vous ré-écris bientôt : nous sommes posés pour quelques jours dans un petit gîte. Vrai que nous sommes sur les routes depuis exactement cinq mois aujourd’hui. Peut-être qu’il faut savoir aussi s’arrêter de temps en temps, ce qui n’est pas si simple parce que nous sommes malgré nous pris dans le rythme de notre propre voyage.

Grosses bises!