Bonjour !

Ça fait un petit moment que nous n’avons pas écrit et voici des nouvelles d’Ushuaïa où nous sommes finalement restés une bonne semaine. Ushuaïa, c’est le bout du monde, ça se mérite un peu en terme de kilomètres et du coup, c’est aussi une grosse étape, la fin d’un morceau de voyage et le début d’un autre.

Le sud de la Terre de Feu, c’est aussi un monde à part car cela faisait un mois – ou bien deux milles kilomètres -, que nous traversions des régions plates et un peu pelées, sans arbre. Mais en arrivant près du canal de Beagle, on retrouve la montagne, le bout de la cordillère des Andes avec ses sommets enneigés, et le climat change ; il pleut un peu tout le temps, il fait humide, et l’île est couverte de forêts. C’est un très bel endroit.

Nous avons bivouaqué dans le parc de la Terre de Feu où nous avons découvert le principe des quatre saisons dans la même journée ; il fait beau puis couvert, puis il pleut, il fait froid, il y a du vent, et puis il fait à nouveau beau, et puis il re-pleut. Au final, beaucoup de nuages, pas trop de pluie, tout le temps du vent, et tous les jours des belles éclaircies – mais beaucoup de photos dans le gris… Là-bas, nous avons fait plusieurs randonnées, nous avons dormi au pied d’une montagne et nous sommes passés envoyer une carte postale dans le bureau de poste le plus austral du monde !

Nous avons aussi vu les ravages causés par les castors qui est ici une espèce invasive. Quand nous sommes arrivés en Terre de Feu, nous avons pris des auto-stoppeurs qui nous l’ont dit d’entrée de jeu ; les castors, c’est una plaga, une vraie plaie. Et c’est vrai. Des hommes ont libéré en 1946 une bonne vingtaine de couples de castors ramenés d’on ne sait où. L’espèce, non native et donc qualifiée d’« exotique », a prospéré et aujourd’hui, il y a plusieurs centaines de milliers de castors et l’animal, très futé, a colonisé toute la région, tout le sud de l’Argentine et du Chili. Ils choisissent un endroit arboré au bord de la rivière, dressent un barrage pour inonder un grand espace et construire leur hutte dans cette cuvette. Les arbres qui y sont noyés meurent mais, contrairement aux régions usuellement peuplées de castors, en Terre de Feu, rien ne repousse.

Alors le castor fait des petits, et les petits partent fonder une autre colonie plus loin, et ainsi de suite, le castor n’a aucun prédateur dans les parages, et partout il y a des arbres abattus, des tas de branches comme si un tsunami était passé par là, des restes de castoreras abandonnées, et des arbres morts au milieu de la forêt. En Argentine, les guadaparques en attrapent pour contenir le nombre de colonies. Au Chili, ils ont pour mission de partir régulièrement à la chasse au castor mais c’est l’enfer, la bestiole reste planquée au milieu de l’eau et dans les parages, elle est plutôt fraîche.

Et en plus, pas moyen d’en voir un !

Ensuite, nous avons passé quelques jours avec Havva et Lucas, de passage dans les parages en même temps que nous, si ce n’est pas de la chance, ça ! Ça a été l’occasion de randonnées et aussi du jogging le plus austral du moment pour Lucas et Christophe. Mais aussi restos, ce qui nous a valu d’avoir la flemme de retourner au camping : une fois n’est pas coutume nous sommes restés sur le parking et nous nous sommes réveillés avec une belle vue sur les containers – et le bruit des engins du port.

On espère que vous êtes bien rentrés ! –  revenez quand vous voulez…

Et quand on fait de la randonnée, les enfants considèrent qu’au bout du chemin, il faut avoir du temps pour jouer au motif « qu’on n’a pas fait tout ce chemin pour rien quand même » -, concept qui nous est un peu étranger, je l’avoue. Un grand terrain de jeu…

Ensuite, deuxième hasard d’Ushuaïa, nous y avons retrouvé d’autres voyageurs que nous avions croisés tout au début de notre voyage. Ce sont des navigateurs qui avaient troqué leur bateau contre une voiture lorsque nous nous étions vu. Depuis, ils ont récupéré leur voilier, le Luna Blu, pour naviguer jusqu’à Ushuaïa.

Cela nous a permis de découvrir que c’est toujours un défi de navigation de descendre la côte patagone par voie de mer : des vents très forts, une météo compliquée, beaucoup d’enjeu sur les décision à prendre en terme de navigation. Nous avons passé deux jours avec eux et troqué notre petit bivouac sur le parking contre un petit bivouac devant le port de plaisance, nous y avons gagné une vue sur Ushuaïa.

La Terre de Feu, entre le détroit de Magellan et le canal de Beagle, nom du bateau sur lequel s’était embarqué Darwin, marque l’histoire de la navigation. Dans le coin, le must reste l’expédition vers l’Antarctique et pour l’Histoire, vous pouvez regarder le récit de l’expédition tentée par Ernest Shakleton en 1916. Désormais, ceux qui en ont les moyens peuvent rallier le continent Antarctique sur des bateaux spécialement conçus pour la glace, dont les coques sont renforcées. Ainsi au bout du monde, il y a encore un autre bout du monde, et cela prouve qu’on peut bien aller n’importe où, il y a toujours un endroit plus lointain où on pourrait peut-être essayer d’aller… Bref, pendant nos repas dans le quincho du port (c’est le club-house), il y avait un équipage polonais, avec un skipper très cheveux décolorés par le sel et le soleil ; ils attendaient que le vent se calme pour partir mais le vent a forci et au final, le port a été fermé. Et nous, nous sommes partis à ce moment-là donc nous ne saurons pas quand ils ont appareillé. Ils peuvent sans doute rester coincés-là un bon moment…

Nous sommes aussi montés jusqu’à un glacier, en haut, il y avait une (petite) grotte de glace. Très belle performance sportive des enfants sur ce coup-là :

Bon, avec toutes ces soirées à Ushuaïa avec Lucas et Havva ou bien au port, nous sommes complètement décalés. D’autant que le soleil se couche à dix heure et se lève à cinq… voilà qui ne nous aide pas trop… Je sais que vous commencez à être sérieusement dans l’obscurité en France… A la fois, vous pouvez profiter des illuminations de Noël dans le noir alors que nous, nous avons du mal à nous mettre dans l’ambiance !

Je vous laisse avec des photos des enfants et des photos de piafs. Les enfants, ce sont toujours les mêmes, et pour les piafs : les oies sont l’emblème du parc de la Terre de Feu et l’autre, il passait par là, c’est un carancho.