Buenos dias!

Avant de quitter les vallées Calchaquiès nous avons visité le site de Quilmès ; ce sont les ruines de la grande ville qu’avait construite ici les indiens Diaguitas connus pour avoir résisté tout d’abord aux incas, puis pendant plus d’un siècle à l’envahisseur espagnol.

A l’entrée, il y a désormais un bon musée qui retrace l’histoire de la conquête espagnole. Nous voyons un film qui met en scène les batailles et la mort puis la déportation des indiens, pour finir avec des image émouvantes des quelques descendants de diaguitas qui font revivre leur culture – et une bonne petite dose d’hypocrisie… En vérité, ici comme ailleurs, et malgré les panneaux affichant le respect de la culture indienne, nous voyons les indiens très pauvres, et certainement pas propriétaires de leurs terres ancestrales.

Puis nous nous sommes éloignés des Andes, nous avons descendu les montagnes et en chemin, nous nous sommes arrêtés à Rio Hondo pour une petite pause piscine ! Dans le coin, tous les camping pompent directement dans une nappe d’eau chaude pour alimenter les bassins, on peut tremper à loisir dans des eaux de températures variées, par exemple à 38°.

Nous y étions un dimanche et comme chaque dimanche, nous avons vu arriver les argentins pour la traditionnelle parillada. Tous les emplacements de camping sont équipés d’un barbecue – c’est indispensable dans ce pays et il y en a même dans les camping les plus nuls. Dès 11 heures, tout le monde met son bois à chauffer pour obtenir ses braises, et vers treize heures, le camping baigne complètement dans l’odeur de viande grillée. Je ne saurais pas dire combien de vaches y passent tous les dimanche en Argentine, mais sans doute beaucoup ! Nous ne sommes pas en terre végétarienne ici…

Puis nous avons continué à descendre, direction la région de Cordoba. Nous empruntons le Camino Real, l’ancienne route commerciale que les espagnols avaient tracée avant d’avoir conquis tous les territoires, pour ramener l’or de Bolivie jusqu’au port de La Plata et l’envoyer en Europe. C’est l’occasion de nous souvenir de la mine d’or abandonnée que nous avions vue dans le Sud Lipez, en Bolivie. Nous pouvons voir les postes, les églises et les villages construits par les espagnols à l’époque.

Nous sommes dans l’idée de faire du bivouac sur ces pistes peu empruntées qui traversent la campagne mais ici toutes les terres sont privatisées et nous longeons les barbelés d’immenses estancias. C’est un peu rageant de voir tout ces endroits parfaits qui sont inaccessibles, avec ces quelques vaches ruminant là-dedans. Mais en s’acharnant (comprendre en roulant longtemps), nous trouvons des endroits où nous arrêter, et quand la chance nous sourit, nous pouvons passer la soirée dans un endroit superbe.

Invariablement, au milieu de nulle part, les propriétaires nous trouvent mais ils ne nous chassent pas. Je ne dirais pas qu’ils sont ravis mais ils sont cordiaux. Au passage, on nous rappelle quand même assez franchement qu’ici c’est « Propriedad privada », y compris les routes. Hors de question d’aller se promener sur la petite colline du coin : la randonnée n’est pas à la mode ici et il n’y a pas de sentier public. Mais pour peu qu’il y ait une randonnée à faire ou un trou d’eau, le système « C’est ma colline », « C’est ma rivière » paye bien : le propriétaire n’a qu’à rester là, posé sur ses fesses, à tendre la main pour empocher les billets au prétexte que papi a acheté la montagne il y a un siècle…

Nous avons quitté le Camino Real pour entrer dans la vallée d’Ongamira. Paysage assez magnifique mais nous sommes en région de « Propriedad privada » et nous devons payer pour la promenade. Là, la bonne dame qui nous fait payer l’entrée a installé une toute petite exposition en mémoire de la tribu indienne locale exterminée, les Comechingones, connus pour leur abnégation : ils se sont suicidés en sautant du haut de la montagne plutôt que de se rendre. Ceux qui restent n’auront pas le loisir de se promener gratuitement sur la terre de leurs ancêtres. Dommage, la vallée est vraiment belle !

Cette vallée est aussi un peu particulière car, paraît-il, des ovnis y atterrissent ; cest un territoire prisé des extraterrestres. Les gens du coin y croient, ils nous ont montré le lieu d’atterrissage d’un vaisseau, ils pensent voir des lumières étranges, des phénomènes particuliers. Nous croisons des lieux de méditations, plus où moins teintés de religion, un centre énergétique de pierres (?), éventuellement on peut se faire réaligner les chakras. Nous rencontrons du monde au camping, des voyageurs comme nous en avons déjà croisés ; des jeunes qui sont sur la route sans idée de s’arrêter, qui parcourent l’Amérique Latine sans fin, à pied, en stop, en vélo. Ils nous présentent un français qui s’est établi ici avec sa famille : il construit une maison selon un technique particulière et connue pour sa robustesse. Ce sont des boudins de terre mêlée à un peu de ciment (mais ça peut aussi être du sable) qui sont empilés jusqu’à former des dômes de cinq mètres de diamètre au maximum. La technique permet d’obtenir une bonne isolation, à moindre coût, et selon une méthode durable (les sacs sont en matière recyclée). Si des architectes nous lisent… pour peu que vous cherchiez une alternative aux méthodes connues…

Il y a donc ici des propriétaires d’estancias en version traditionnelle argentine sur le thème « Proprietad privada », des gens un peu barrés à la recherche d’énergies cosmiques, et puis au moins une famille venue s’installer ici pour mener à bien un projet de vie dans le respect de la nature. A chacun sa vision du monde. Étrange mélange…

Nous continuons à avancer, tous les jours sont différents, chaque fois nous reprenons la route pour découvrir de nouveaux lieux, tout change si vite ; le relief, le climat, les gens, l’ambiance…

Bises !